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LE SITE D'HENRI GOLDMAN

POUR UNE GAUCHE VERTE DANS UNE VILLE COSMOPOLITE


 

Il y a un an, Zakia Khattabi, coprĂ©sidente d'Ecolo, faisait le buzz

en déclarant qu'il fallait réécrire un projet pour Bruxelles à partir d'une page blanche. Elle sortait ainsi des tranchées dans lesquelles la plupart des personnalités politiques francophones s'étaient repliées. Depuis, d'autres, plus timidement, ont suivi.

Depuis 2006, cette rĂ©Ă©criture est une des prĂ©occupations d'un petit groupe de femmes et d'hommes, dont je fais partie, rĂ©uni·e·s dans le think tank Aula Magna. 

Demain Bruxsels, une vision pour libérer notre ville, qui vient de paraître (petite collection Politique, 2019, téléchargeable en version intégrale en cliquant sur l'icône PDF), fait le point de ses réflexions. En voici le texte d'introduction. Je m'y reconnais complètement.

CONSTRUIRE ENSEMBLE LE PEUPLE DE BRUXELLES

MobilitĂ© engluĂ©e, immigration riche de dĂ©fis, cohĂ©sion sociale menacĂ©e, scolaritĂ© compliquĂ©e, sĂ©curitĂ© alĂ©atoire, pollution multiforme, contribution insoutenable au rĂ©chauffement climatique. 

Bruxelles connaît les mêmes problèmes que les autres grandes villes d’Europe occidentale. Mais pour pouvoir les prendre à bras le corps, elle est affligée d’un handicap dont elle est seule à souffrir…

 

La vision qui sous-tend bon nombre d’institutions bruxelloises rĂ©partit les Bruxellois·es en deux tribus vivant cĂ´te Ă  cĂ´te, chacune dotĂ©e de rĂ©seaux de crèches et d’écoles, de mĂ©dias, d’institutions culturelles et de partis politiques qu’elle partage avec une des RĂ©gions voisines. 

Au nom de cette vision, on attend des Bruxellois·es qu’ils et elles s’assimilent Ă  l’une ou Ă  l’autre de ces tribus et dĂ©veloppent une identitĂ© commune, pour les uns avec la Wallonie, pour les autres avec la Flandre. C’est encore cette conception qui sous-tend l’utopie nationaliste du condominium, une Flandre et une Wallonie indĂ©pendantes s’arrogeant le droit de cogĂ©rer Bruxelles du fait de l’appartenance supposĂ©e d’une partie de ses habitants Ă  la CommunautĂ© flamande et des autres Ă  la CommunautĂ© française. 

Le sĂ©isme dĂ©mographique dont Bruxelles est le siège depuis le dĂ©but de ce siècle a pulvĂ©risĂ© la plausibilitĂ© de cette vision. Avec plus de deux tiers de la population bruxelloise soit Ă©trangère, soit d’origine Ă©trangère rĂ©cente, avec des Ă©coles flamandes oĂą les Ă©lèves dont le français est la langue maternelle sont proportionnellement presque aussi nombreux que dans les Ă©coles francophones, la bipartition institutionnelle des Bruxellois·es est de plus en plus dĂ©connectĂ©e de la rĂ©alitĂ©. Y a-t‑il une alternative ? Oui : construire ensemble – et inlassablement reconstruire – un peuple bruxellois.

 

Ne nous voilons pas la face : ce n’est pas facile. « Cette population de la capitale n’est point un peuple, Ă©crivait le Wallon Jules DestrĂ©e, c’est un agglomĂ©rat de mĂ©tis. » Un siècle plus tard, le Flamand Jan Jambon ne disait pas autre chose : « Pour moi, les Bruxellois ne sont pas un peuple, une nation. Bruxelles est un morcellement de tout et n’importe quoi. » 

Ils n’ont pas tout Ă  fait tort. Avec environ deux cents nationalitĂ©s et encore plus de langues maternelles, la population bruxelloise est exceptionnellement diverse. Avec plus d’un quart des Bruxellois·es installé·e·s dans la RĂ©gion depuis moins de cinq ans, elle est aussi exceptionnellement fluide. Il n’en sera pas autrement demain. 

Faire d’une telle population un peuple au sens d’un ethnos, d’une communautĂ© monoculturelle, est – heureusement – une entreprise vouĂ©e Ă  l’échec. Mais en faire un peuple au sens d’un demos, d’une communautĂ© politique sans laquelle il ne peut pas y avoir de dĂ©mocratie digne de ce nom, constitue une tâche certes difficile, mais essentielle et loin d’être impossible. Elle est mĂŞme  dĂ©jĂ  bien entamĂ©e. Beaucoup de personnes que la diversitĂ© culturelle dĂ©range ont trouvĂ© refuge dans une pĂ©riphĂ©rie flamande ou wallonne plus homogène. En revanche, beaucoup de celles qui ont choisi de venir ou de rester s’accommodent chaque jour d’un cĂ´toiement cosmopolite et sont dĂ©terminĂ©es Ă  en faire un succès. 

Dans ce contexte, d’innombrables initiatives culturelles, urbanistiques et autres, associant des Bruxellois·es de toutes origines, ont tissĂ© des liens qui ne se dĂ©feront plus. Et l’existence d’un parlement et d’un gouvernement bruxellois dotĂ©s de compĂ©tences de plus en plus Ă©tendues a graduellement crĂ©Ă© une communautĂ© politique investie de la capacitĂ© et de la responsabilitĂ© de façonner son avenir. 

 

Il importe aujourd’hui d’inflĂ©chir nos institutions de manière Ă  renforcer cette dynamique et ainsi permettre Ă  notre ville d’affronter plus efficacement les dĂ©fis auxquels elle est confrontĂ©e. 

Cela implique de fusionner les communes bruxelloises en une commune unique coĂŻncidant avec la RĂ©gion de Bruxelles-Capitale, dotĂ©e d’un bourgmestre-prĂ©sident, d’un CPAS, d’une force de police, d’un rĂ©seau d’écoles communales et d’un hĂ´tel de ville pour toutes les Bruxelloises et tous les Bruxellois. La vision d’ensemble et l’unitĂ© d’action qu’une telle fusion doit permettre sont parfaitement compatibles avec des Ă©coles de quartier,  une police de proximitĂ©, une aide sociale proche de ses bĂ©nĂ©ficiaires et une participation citoyenne dynamisĂ©e par une dĂ©centralisation au niveau des districts et des quartiers.  

Dans la foulĂ©e, le droit de vote rĂ©gional pourra ĂŞtre Ă©tendu Ă  toute la population de la Ville-RĂ©gion, qui pourra du mĂŞme coup se dĂ©livrer du carcan des deux collèges Ă©lectoraux distincts et ainsi permettre des listes multilingues, favoriser la formation de vĂ©ritables partis bruxellois et rendre chaque ministre rĂ©gional responsable devant l’ensemble de la population, sans pour autant mettre fin Ă  la reprĂ©sentation garantie des nĂ©erlandophones. 

Il faudra aussi confier Ă  notre Ville-RĂ©gion l’exercice des compĂ©tences communautaires sur son territoire, tout particulièrement l’enseignement obligatoire, afin qu’elle puisse prendre Ă  bras le corps la tâche d’équiper les Ă©lèves bruxellois des compĂ©tences, en particulier linguistiques, dont le contexte local rend Ă  la fois nĂ©cessaire et possible de les munir. 

 

Ces rĂ©formes institutionnelles sont indispensables pour nous dĂ©barrasser du handicap de structures obsolètes. Elles nous aideront Ă  transformer inlassablement notre population diverse et fluide en un peuple capable de se mobiliser pour promouvoir la tolĂ©rance, la comprĂ©hension et le respect mutuels, pour s’attaquer Ă  la fracture sociale qui dĂ©chire notre ville, pour reconquĂ©rir nos espaces publics, pour sĂ©curiser la mobilitĂ© douce, pour rendre l’air de nos rues plus respirable et rĂ©duire les nuisances sonores, pour jouer un rĂ´le moteur dans l’action planĂ©taire contre le changement climatique, pour faire des nombreuses diasporas prĂ©sentes Ă  Bruxelles de prĂ©cieux instruments au service du dĂ©veloppement durable de leurs pays d’origine comme de leur ville d’accueil, pour faire de Bruxelles une ville oĂą chaque enfant puisse circuler sans crainte, oĂą chaque jeune puisse espĂ©rer trouver une formation qui lui convienne, un emploi qui ait du sens, un logement oĂą il soit possible de vivre dignement, pour Ă©tablir avec les composantes flamande et wallonne de la zone mĂ©tropolitaine, dont Bruxelles est le centre, une collaboration multiforme mutuellement bĂ©nĂ©fique. 

 

Ă€ l’approche des Ă©lections fĂ©dĂ©rales de 2007, dix mille Bruxellois ont signĂ© un appel intitulĂ©

« Nous existons ! Wij bestaan! We exist! ». Dans la foulĂ©e, les États gĂ©nĂ©raux de Bruxelles ont rassemblĂ© des centaines de chercheurs et d’acteurs dans un effort sans prĂ©cĂ©dent pour Ă©tablir un Ă©tat des lieux et tracer les contours d’un projet passionnant pour notre ville. 

Une dĂ©cennie plus tard, l’identitĂ© bruxelloise s’est considĂ©rablement renforcĂ©e. Cette identitĂ© n’a rien Ă  voir avec une identitĂ© nationale et sera nĂ©cessairement diffĂ©rente de celles que peuvent espĂ©rer dĂ©velopper la Flandre ou la Wallonie. Ce sera l’identitĂ© d’une ville cosmopolite, riche d’une diversitĂ© qui est en mĂŞme temps un dĂ©fi sans cesse renouvelĂ©, capable d’un patriotisme tournĂ© vers l’avenir Ă  mille lieues de tout nationalisme plombĂ© par le passĂ©, unie par l’attachement Ă  un territoire, Ă  des lieux-symboles comme la place de la Bourse, cette place du peuple de Bruxelles oĂą les Bruxellois·es de tous les milieux et de toutes les couleurs peuvent se rĂ©unir pour exulter ensemble ou pour se recueillir. 

 

Avec tous les citoyens, toutes les citoyennes, toutes les associations et toutes les formations politiques qui partagent notre attachement Ă  notre ville, notre enthousiasme pour ce qu’elle peut devenir, notre impatience Ă  l’égard de ce qui l’en empĂŞche, osons libĂ©rer Bruxelles des institutions qui la brident et construisons chaque jour un peu mieux le peuple dont notre ville a besoin pour pouvoir mieux forger son destin.  

 

Pour Aula Magna,

Eric Corijn, Alain Deneef, Myriam GĂ©rard, Henri Goldman, Michel Hubert, Alain Maskens, 

Yvan Vandenbergh, Philippe Van Parijs et Fatima Zibouh 

 

 

On peut se procurer Demain Bruxsels en librairie ou chez l'Ă©diteur (info@revuepolitique.be).

Demain Bruxsels
1.04 MB
Demain_Bruxsels.pdf